LETTRE ENVOYEE AUX DEPUTES EUROPEEN FRANCAIS

Publié le par Germán Jiménez Andreu

Madame ou Monsieur le député,

Ayant eu connaissance de la déclaration écrite 0002/2007 demandant la suppression des subventions agricoles allouées aux éleveurs de taureaux de combat ainsi qu’à terme l’interdiction des corridas dans l'ensemble de l'Union Européenne, nous souhaitons vous faire connaître la position des citoyens français qui se reconnaissent dans la culture taurine.

Inspirées des théories anti spécistes dont la dangerosité sur les fondements de la morale n’est plus à démontrer, ces initiatives déploient tous les aspects du terrorisme intellectuel au mépris de l’idéal européen qui a pris soin, en établissant le principe de subsidiarité, de veiller à ce qu’en matière culturelle notamment chaque Région reste compétente sur son territoire, disposition fondamentale prise pour éviter le nivellement des esprits et favoriser la diversité culturelle, facteur d’enrichissement.

Sur le simple bien-fondé de ce principe il est donc choquant d’envisager que l’Europe puisse se prononcer sur le devenir d’une micro culture, alors que le combat pour l’identité culturelle des minorités fait précisément partie de ses priorités et que le cadre juridique dans lequel les spectacles tauromachiques peuvent se dérouler est parfaitement défini en France, tant par la loi que par la jurisprudence. Ce qu’a explicitement confirmé un vote du Parlement Européen en séance plénière, lequel a récemment rejeté à une très large majorité une proposition d’abolition des corridas, considérant qu’en la matière il était incompétent.

Cet échec des mouvements anti taurins à un niveau qu’ils jugeaient le plus favorable au développement de leurs arguments explique cette nouvelle tentative à travers laquelle ses promoteurs voudraient priver les éleveurs de taureaux de combat des aides communautaires auxquelles ils ont droit au même titre que leurs confrères, ce qui aboutirait à terme à la fermeture de nombreuses exploitations, à la perte de nombreux emplois ainsi qu’à la mise en péril de nos ferias, lesquelles constituent, pour nos villes, nos départements et nos Régions, un atout important, tant du point de vue économique que culturel et identitaire.

Cette attaque est d’autant plus sournoise qu’il suffit de visiter en Espagne, au Portugal ou en France les élevages de taureaux de combat pour constater que le bien-être des animaux y est davantage respecté que dans n’importe quelle autre exploitation bovine. Ces taureaux vont certes mourir dans l’arène, mais cette fin est plus conforme à leur nature que celle que leur réserverait l’abattoir. Il convient de rappeler en effet que dix pour cent d’entre eux périssent chaque année au cours de combats au pâturage, ce qui suffit à démontrer que contrairement à ce que prétendent les mouvements anti taurins, il ne s’agit pas d’animaux domestiques forcés à combattre. Telle est leur nature, et loin d’éprouver un sentiment de culpabilité en leur offrant de mourir dans l’arène face à un homme qui risque aussi sa vie, nous avons la certitude de les respecter davantage que ceux qui condamneraient leur espèce à disparaître, hormis quelques spécimens enfermés à perpétuité dans des parcs animaliers.

La mort du taureau qui accompagne l’histoire de l’humanité depuis des millénaires serait-elle devenue à ce point tabou qu’elle soit une priorité pour les démocraties modernes ? Mais qu’en est-il alors des morts violentes ou de misère de milliers d’êtres humains complaisamment montrées quotidiennement sur les écrans de nos télévisions ? Il y a dans l’émergence de ce débat des aspects pernicieux dont la Commission Européenne devrait se préoccuper, en enquêtant par exemple, comme le font divers Etats, sur l’origine réelle et sur la dangerosité de thèses qui, sous couvert de sensiblerie animalière, s’appliquent à saper les fondements de notre civilisation. Il convient d’ailleurs de signaler qu’aux termes d’une étude scientifique menée par l’Université de Madrid, l'organisme du taureau réagit aux blessures d'une manière totalement différente à celle de toutes les autres espèces, en libérant une quantité importante de bêta-endorphines dont l'action sur l'organisme, similaire à celle de la morphine, perdure durant quatre heures après leur sécrétion. Même si ses blessures sont spectaculaires, le taureau ne souffre pas.

Pour nous, bien loin des accusations de cruauté qui sont portées à notre encontre, la mort du taureau dans l’arène magnifie le destin de l’homme. Conformément à toutes les grandes religions monothéistes et aux morales qui en découlent, nous assumons la responsabilité d’un choix qui nous permet de montrer de manière symbolique les valeurs auxquelles nous adhérons et récusons cet obscène amalgame qui ferait de l’animal l’égal de l’être humain : effet d’un déterminisme transcendant ou hasard d’une évolution complexe, il y a entre l’homme et l’animal une différence fondamentale et nous la revendiquons.

Le taureau n’est pas tué dans l’arène pour satisfaire un plaisir malsain. Il est au contraire le révélateur de qualités et valeurs essentielles - engagement, courage, intelligence, créativité, solidarité… - et il permet à des milliers d’aficionados de communier ensemble autour d’une idée simple : l’homme triomphe du chaos en s’élevant au-dessus de sa condition, et cette expérience à forte connotation métaphysique permet parfois à ceux qui la vivent d’éprouver un sentiment d’éternité. Pour ceux qui se reconnaissent en elle, la corrida véhicule donc des valeurs éthiques et esthétiques fondamentales, et loin d’être la résurgence condamnable d’une barbarie anachronique qu’il serait urgent d’éradiquer, elle s’inscrit remarquablement dans une modernité dont la quête de sens s’accompagne malheureusement dans beaucoup d’autres domaines d’une perte de repères qui n’a pas cours dans nos arènes.

Forts de la certitude qui nous anime de n’enfreindre aucune loi ni morale, nous espérons donc que loin d’appuyer la déclaration 0002/2007 vous participerez activement à son rejet.

Le monde taurin français que nous représentons au travers d’une soixantaine de villes situées dans quatre Régions, de sept cents associations, de l’ensemble des professionnels taurins et éleveurs de Taureaux Braves, de diverses publications spécialisées, du million de spectateurs qui fréquente nos arènes chaque année et des millions de visiteurs qui voient dans nos ferias un espace de liberté qui les aide à mieux vivre, vous en sera infiniment gré.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Madame ou Monsieur le député, à l’assurance de notre parfaite considération.

Les signataires

Union des Villes Taurines de France
Association des Organisateurs de Corridas du Sud Ouest
Groupement des Entrepreneurs de Spectacles Taurins
Musée des Cultures Taurines
Fédération des Sociétés Taurines de France
Association Nationale des Aficionados
Fédération des Clubs Taurins Paul Ricard
Union des Bibliophiles Taurins Français
Amicale des clubs taurins gersois
Association Française des Vétérinaires Taurins
Association Française de Chirurgie Taurine
Syndicat français des toreros, banderilleros et picadors
Association Française des Eleveurs de Taureaux Braves
Association des Critiques Taurins de France
Ecole taurine d’Arles
Collectif Terres Taurines

 

Publié dans TRIBUNE LIBRE

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